Le jeudi 27 septembre 2007
Muse par Christian Chenail |
La Presse
On connaissait la soie, le satin, l’organdi, le lin, la fourrure et même le latex. Mais on n’avait jamais entendu parler de robes en «papier cul».
C’était pourtant bien réel hier midi, aux Cours Mont-Royal, alors qu’on présentait la quatrième collection annuelle Blanc Cashmere, mettant en vedette les nouvelles créations de huit designers québécois.
Bustiers ajustés, décolletés, corsages, robes cocktail, à fourreau, feuilletées, coussinées ou bouffantes: les mannequins ont défilé pendant 10 courtes minutes sur une passerelle improvisée, vêtues de blanc et entourées de multiples rouleaux de papier hygiénique.
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Bodybag by Jude |
«Nous préférons dire tissu pour la salle de bains», corrige Nancy Marcus, vice-présidente marketing chez Kruger, maison mère de la marque Cashmere, commanditaire de l’événement. «Cela correspond davantage à l’image de luxe que nous voulons donner à notre produit.»
Mme Marcus hésite à qualifier le défilé Blanc Cashmere de coup d’éclat publicitaire. Elle le voit avant tout comme une «célébration de ce que fait (leur) compagnie, notamment au Québec» doublée, par son côté «fashion», d’une «extension naturelle de la somptuosité de Cashmere».
Dans tous les cas, une chose est sûre: il y a effectivement moyen de s’habiller chic avec du Cashmere! Les créations vues hier n’étaient peut-être pas des plus résistantes (quoique), mais elles n’avaient rien à envier aux présentations des grands happenings de mode.
Il faut dire que l’événement, mis sur pied par Chantal Durivage (directrice de la Semaine de la mode) comptait sur la crème des designers québécois. Marie Saint Pierre, Christian Chenail, Judith Desjardins, Cluc, Georges Lévesque, Yves Jean Lacasse, Joseph Helmer et Michel Desjardins avaient tous mis le meilleur d’eux-mêmes dans cette galère a forte odeur publicitaire.
Il y a de quoi s’interroger. Nos designers se seraient-ils fait enfirouaper? Sont-ils devenus fous? Pas le moins du monde, répondent les principaux intéressés. Car au-delà de sa connotation vile et quotidienne, le papier hygiénique demeure un matériau comme un autre, malléable, transformable et habillable.
«À première vue, c’est vrai que c’est étonnant, admet Christian Chenail. Mais l’exercice n’est pas sans rappeler les expériences des robes en papier qu’on faisait dans les années 60. Le papier hygiénique, je vois plutôt cela comme un défi intéressant. Sa fragilité est plus grande que elle de la plus délicate des soies. Et en ce qui me concerne, c’est le matériau le plus original que j’aie jamais utilisé. Alors non, vraiment, je ne vois rien de choquant là-dedans.»
Le plus choquant, de fait, est sans doute de voir d’authentiques designers être les instruments d’une campagne publicitaire. Et cela, peu importe la nature du produit…
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Marie Saint Pierre |
Mais Marie Saint Pierre, qui en est à sa deuxième collaboration avec Cashmere, parle plutôt d’un échange de bons procédés. «Et pourquoi pas? lance Mme Saint Pierre, un peu sur la défensive. Les designers ont tellement peu de visibilité au Québec. Si on peut leur faire une place, peu importe la façon, ce n’est que tant mieux.»
Cette vitrine, du reste, a toutes les apparences d’une opération sans lendemain. Ce que Marie Saint-Pierre qualifie de «démarche artistique de recherche» s’arrête pour l’instant à la rue Peel. Non lavables par définition, les robes ne seront portées qu’une fois, avant d’être exposées pour un temps aux Cours Mont-Royal.
Née il y a trois ans, de la cuisse de Cotonnelle, Cashmere est l’un des acteurs importants dans le marché du papier hygiénique au Canada. Selon les chiffres avancés par la compagnie, il s’agirait du papier hygiénique le plus populaire au Canada et au Québec – où la compagnie Kruger exploite trois usines de pâtes et papiers (Gatineau, Crabtree, Lennoxville). Kruger est également propriétaire des marques Purex, Sponge Towels, Scotties et White Swan.


